Une douleur au milieu ou en haut du dos, entre les omoplates, s’appelle une dorsalgie. Elle vient souvent du dos lui-même ou du cou, mais elle peut aussi venir d’un organe du thorax ou du ventre : c’est pourquoi les médecins l’examinent avec plus de prudence qu’un mal de dos lombaire. Une douleur brutale qui serre la poitrine ou irradie vers la mâchoire ou les bras impose d’appeler le 15. Dans les autres cas, rester actif, faire des pauses et régler son poste aident, et une douleur qui dure, réveille la nuit ou s’accompagne de fièvre doit être montrée à un médecin.
« J’ai mal entre les omoplates », « une douleur au milieu du dos, côté droit », « mal en haut du dos quand je respire » : ces douleurs inquiètent davantage qu’un mal de reins, et pour une bonne raison. Le haut et le milieu du dos sont collés à la cage thoracique, là où se trouvent le cœur, les poumons et l’œsophage, et juste au-dessus de la vésicule, du pancréas et des reins. Une douleur ressentie dans le dos n’y prend donc pas toujours sa source.
Ce guide fait le tri. Il situe la dorsalgie, liste d’abord les signes qui imposent d’appeler les secours, puis les causes les plus courantes, celles qui ne viennent pas du dos, ce que veut dire (et ne veut pas dire) le côté de la douleur, ce qui peut soulager et quand consulter. Il ne remplace pas un examen médical : il vous aide à savoir quoi surveiller et à qui en parler.
Haut du dos, milieu du dos : de quoi parle-t-on ?
La colonne vertébrale compte 7 vertèbres cervicales (le cou), 12 vertèbres dorsales, aussi appelées thoraciques, et 5 vertèbres lombaires (le bas du dos)1. Les vertèbres dorsales portent les côtes : avec le sternum en avant, elles forment la cage thoracique2. La dorsalgie désigne une douleur de cette zone, du bas de la nuque jusqu’aux dernières côtes. En dessous commence la lombalgie, que la HAS situe entre la jonction du dos et des lombaires et le pli des fesses3.
Les dorsalgies sont moins fréquentes que les douleurs du cou ou du bas du dos, mais une encyclopédie médicale de référence rappelle qu’elles « ne sont pas à prendre à la légère »4. Combien de personnes sont concernées ? Les chiffres varient énormément selon la définition : selon une revue de 33 études, de quelques pour cent à environ un tiers des personnes interrogées déclarent une douleur de cette zone sur une année, avec une fréquence plus élevée chez les adolescents, surtout les filles5.
Les signes qui imposent d’appeler le 15
- est brutale, intense, et serre la poitrine ;
- dure plus de cinq minutes et ne passe pas au repos ;
- s’étend vers la mâchoire, les bras, le cou, le dos ou le ventre ;
- s’accompagne d’un essoufflement, de sueurs, d’une pâleur, de nausées, de palpitations ou d’un malaise ;
- est soudaine, « atroce », comme un déchirement entre les omoplates.
Ces signes peuvent traduire un infarctus, une embolie pulmonaire ou, beaucoup plus rarement, une dissection de l’aorte678. Dans le doute, appelez : c’est le conseil de l’Assurance Maladie, même quand la situation est incertaine7.
Chez les femmes, un infarctus se manifeste plus souvent de façon atypique : fatigue intense, essoufflement, douleur au creux de l’estomac ou nausées, sans la douleur classique de la poitrine6. Ne vous fiez donc pas à l’absence de douleur « typique ».
Les causes les plus fréquentes
En dehors de l’urgence, plusieurs causes reviennent souvent.
- Une douleur venue du cou. Les cervicalgies communes, favorisées par les positions prolongées tête penchée, irradient souvent vers le milieu du dos et les épaules9. C’est une cause classique de douleur entre les omoplates.
- Les muscles et les articulations de la paroi du thorax : douleurs musculaires, atteinte des articulations entre les côtes et le sternum, névralgie intercostale liée à de l’arthrose ou à un tassement vertébral2.
- Les longues heures devant un écran. L’INRS cite la posture statique prolongée, l’absence de pause et le stress comme facteurs de risque de troubles musculosquelettiques10. Ce sont des facteurs de risque, pas une cause démontrée de dorsalgie.
- L’arthrose et les causes dites « mécaniques », que les spécialistes classent parmi les causes possibles11.
Il faut toutefois le dire honnêtement : les experts ne s’accordent pas sur la part de ces causes bénignes. Une édition d’une encyclopédie médicale française les jugeait rares, une édition plus récente les juge les plus fréquentes114. Le point sur lequel tout le monde s’accorde est plus utile : une dorsalgie s’examine avec plus de prudence qu’un mal de dos lombaire. La HAS range d’ailleurs la douleur dorsale parmi les « drapeaux rouges » du mal de dos, ces signes qui doivent faire chercher une autre cause, surtout quand ils se cumulent3. Et selon la même encyclopédie, des examens d’imagerie sont nécessaires dans la majorité des cas4 : c’est au médecin d’en décider.
D’autres causes, plus rares, concernent la colonne elle-même et font partie de ce que le médecin recherche : un tassement vertébral lié à l’ostéoporose, parfois après un choc minime12 ; une spondylarthrite ankylosante, qui donne des douleurs qui réveillent vers deux ou trois heures du matin13 ; une infection ou une tumeur11 ; chez l’adolescent, la maladie de Scheuermann, une atteinte de croissance des vertèbres dont la prise en charge est d’autant meilleure qu’elle commence tôt14.
Quand la douleur ne vient pas du dos
L’Assurance Maladie le rappelle : certaines maladies du ventre se traduisent par des douleurs projetées vers le thorax2, et donc parfois vers le dos. Voici les principales, avec les signes qui les accompagnent. Ce tableau aide à décrire ce que vous ressentez au médecin ; il ne permet pas de se diagnostiquer.
| Origine possible | Où la douleur se fait sentir | Ce qui l’accompagne souvent |
|---|---|---|
| Cœur (infarctus) | Poitrine, avec extension possible au dos, aux bras, à la mâchoire | Oppression, essoufflement, sueurs, malaise : appeler le 157 |
| Aorte (dissection, rare) | Poitrine et souvent dans le dos, entre les omoplates | Douleur soudaine, atroce, « déchirante » : appeler le 158 |
| Vésicule biliaire (colique hépatique) | Creux de l’estomac ou sous les côtes à droite, vers l’épaule et la pointe de l’omoplate droites | Douleur brutale, qui peut gagner l’épaule droite15 |
| Pancréas (pancréatite aiguë) | Haut du ventre, irradiant dans le dos chez environ la moitié des personnes | Douleur intense du haut du ventre16 |
| Rein (colique néphrétique, pyélonéphrite) | Un seul côté, plutôt bas, sous les côtes | Douleur qui descend vers l’aine ; fièvre en cas d’infection1718 |
| Zona | Une bande d’un seul côté, de la colonne vers le flanc | Brûlures plusieurs jours avant l’apparition de petites vésicules19 |
Côté droit, côté gauche, entre les omoplates : ce que le côté veut dire
Beaucoup de recherches portent sur le côté de la douleur : « douleur dos côté droit », « côté gauche sous les côtes », « sous l’omoplate gauche ». La réponse honnête est la suivante : le côté de la douleur ne suffit pas à savoir d’où elle vient. Entre les omoplates, on retrouve aussi bien une douleur venue du cou qu’une dissection aortique ; sous les côtes à droite, une colique hépatique comme une simple douleur musculaire ; d’un seul côté, un zona avant l’éruption. Il n’existe pas de règle fiable du type « à gauche, c’est le cœur ; à droite, c’est le foie ».
Le côté reste une information précieuse, mais pour le médecin. L’Assurance Maladie conseille de noter où vous ressentez la douleur, depuis quand, ce qui la déclenche et ce qui l’accompagne7 : est-elle plus vive quand vous respirez, quand vous bougez, après un repas ? Ces éléments orientent bien plus le diagnostic que le côté seul.
Ce qui peut soulager
Une fois les causes graves écartées, il n’existe pas de recommandation officielle propre à la dorsalgie. Les conseils ci-dessous viennent des recommandations pour le cou et le bas du dos, et le reconnaître fait partie de l’honnêteté : les preuves spécifiques au haut du dos sont très pauvres. Une revue de la littérature n’a retenu que deux essais de qualité suffisante sur plusieurs milliers d’articles examinés20.
- Rester actif plutôt que s’aliter. Pour le bas du dos, l’Assurance Maladie déconseille le repos au lit ; pour le cou, elle conseille de continuer ses activités en les adaptant et d’éviter les positions figées2122.
- Faire des pauses actives. L’INRS recommande, devant un écran, des pauses idéalement toutes les 30 minutes pour se lever, marcher et s’étirer, et d’alterner assis et debout quand c’est possible23.
- Régler le poste de travail. Le haut de l’écran au niveau des yeux (plus bas avec des verres progressifs), à 50 à 70 cm ; un ordinateur portable rehaussé, avec clavier et souris séparés23.
- La chaleur, comme geste de confort. Une revue Cochrane montre un petit effet à court terme d’une ceinture chauffante, mais seulement sur le bas du dos24 : aucun essai n’a mesuré son effet sur le haut du dos.
- Les médicaments contre la douleur, sur conseil du pharmacien ou du médecin : pour le cou, l’Assurance Maladie cite le paracétamol en priorité, et les anti-inflammatoires sur une courte durée, sans dépasser 5 jours22.
Côté soins, la manipulation vertébrale n’a montré qu’un effet faible et sans intérêt clinique sur la douleur du haut du dos, et l’acupuncture n’a pas fait mieux qu’un placebo dans les essais retenus20. La kinésithérapie et les exercices de mobilité peuvent être proposés par votre médecin ou votre kinésithérapeute, sans qu’on puisse leur promettre un résultat sur la base des études actuelles.
- Changer souvent de position et se lever toutes les 30 minutes devant un écran.
- Monter l’écran à hauteur des yeux.
- Noter où, quand et comment la douleur apparaît, pour le médecin.
- Attendre devant une douleur qui serre la poitrine ou s’accompagne d’un essoufflement.
- Se diagnostiquer d’après le côté de la douleur.
- Prolonger seul les anti-inflammatoires au-delà de quelques jours.
La posture est-elle en cause ?
On entend souvent que « se tenir voûté donne mal au dos ». La science est plus nuancée. Une synthèse de 41 revues systématiques retrouve des associations entre certaines postures et le mal de dos, mais aucun consensus sur un lien de cause à effet25. Chez 1 108 jeunes de 17 ans, les différents profils de posture assise, y compris le dos voûté avec la tête en avant, ne donnaient pas plus de douleurs au cou26. L’INRS résume bien la situation : il n’existe pas de posture idéale, seulement une posture de moindre inconfort, et le plus important est de varier23.
Et le correcteur de posture ? Nous en vendons, alors nous le disons franchement : aucune étude ne montre qu’un correcteur soulage une douleur du dos. Le seul essai que nous avons trouvé sur une brassière des épaules ne montrait pas de différence immédiate sur la douleur ni sur la fatigue27. Nos correcteurs de posture sont des rappels, utiles à ceux qui veulent penser à se redresser devant l’écran, pas un traitement. Notre article correcteur de posture : est-ce que ça marche ? détaille ce point.
Nuque, bas du dos, fesse, jambe : sur notre carte des douleurs, touchez la zone où vous avez mal pour retrouver le bon guide et savoir quand consulter.
Quand et qui consulter
Toute douleur du thorax mérite un avis médical6, et une dorsalgie entre dans cette logique. En dehors de l’urgence, voici des repères tirés des conseils de l’Assurance Maladie pour le cou, à appliquer avec prudence au haut du dos22 :
- Dans la journée : si la douleur vous réveille la nuit, apparaît après une chute même banale, ou concerne un enfant.
- Dans les jours qui viennent : si elle ne diminue pas ou s’aggrave malgré quelques jours d’antalgiques, ou si les épisodes reviennent souvent.
- Sans tarder aussi en présence d’un des signes d’alerte relevés par la HAS : fièvre, perte de poids inexpliquée, antécédent de cancer, traitement par corticoïdes au long cours, déformation importante du dos, ou début avant 20 ans ou après 55 ans3.
Le premier interlocuteur est le médecin traitant : il examine, décide des examens éventuels et oriente si besoin. Depuis 2023, il est aussi possible de consulter un kinésithérapeute sans ordonnance dans certaines structures (maisons et centres de santé, établissements, et à titre expérimental dans 20 départements), dans la limite de 8 séances, le kiné transmettant ensuite un bilan au médecin traitant28. Pour une douleur du haut du dos, dont les causes sont variées, commencer par le médecin reste le choix le plus sûr. Notre article qui consulter détaille le parcours de soins.
En bref
- La dorsalgie est une douleur du haut ou du milieu du dos, la zone des 12 vertèbres qui portent les côtes.
- Douleur qui serre la poitrine, essoufflement, sueurs, irradiation vers la mâchoire ou les bras : appelez le 15.
- Elle vient souvent du cou, des muscles ou des articulations du thorax, mais peut aussi venir du cœur, de la vésicule, du pancréas ou des reins.
- Le côté de la douleur ne suffit pas à en connaître l’origine.
- Rester actif, faire des pauses et régler son poste aident ; les preuves propres au haut du dos restent faibles.
- Douleur qui dure, réveille la nuit ou s’accompagne de fièvre : consultez.
Questions fréquentes
Quand faut-il s’inquiéter d’une douleur au milieu du dos ?
Le cœur peut-il donner mal dans le dos ?
Comment soulager une douleur entre les omoplates ?
Pourquoi ai-je mal au dos quand je respire ?
Sources & références
Sources vérifiées le 05/11/2026.
- Assurance Maladie (ameli.fr). Comment fonctionne le dos ?
- Assurance Maladie (ameli.fr). Douleur thoracique : définition et causes.
- Haute Autorité de santé. Prise en charge du patient présentant une lombalgie commune, fiche mémo, mars 2019.
- EMC AKOS (Traité de médecine). Dorsalgies, 2021 (résumé).
- Briggs AM et al. Prevalence and associated factors for thoracic spine pain in the adult working population: a literature review. BMC Musculoskeletal Disorders, 2009. Notice PubMed.
- Assurance Maladie (ameli.fr). Reconnaître une douleur thoracique qui nécessite des soins urgents.
- Assurance Maladie (ameli.fr). Reconnaître l’infarctus du myocarde et agir.
- Manuel MSD, version pour le grand public. Dissection aortique.
- Assurance Maladie (ameli.fr). Cervicalgie : définition, symptômes et causes.
- INRS. Travail sur écran : ce qu’il faut retenir.
- EMC AKOS (Traité de médecine). Dorsalgies, 2013 (résumé).
- Assurance Maladie (ameli.fr). Ostéoporose : diagnostic et évolution.
- Assurance Maladie (ameli.fr). Spondylarthrite ankylosante : symptômes, diagnostic et évolution.
- Palazzo C, Sailhan F, Revel M. Scheuermann’s disease: an update. Joint Bone Spine, 2014. Notice PubMed.
- Assurance Maladie (ameli.fr). Calculs de la vésicule biliaire : symptômes et diagnostic.
- Manuel MSD, version pour le grand public. Pancréatite aiguë.
- Assurance Maladie (ameli.fr). Colique néphrétique.
- Assurance Maladie (ameli.fr). Pyélonéphrite : symptômes et diagnostic.
- Assurance Maladie (ameli.fr). Reconnaître un zona.
- Southerst D et al. The management of musculoskeletal thoracic pain: a systematic review (OPTIMa). Journal of Manipulative and Physiological Therapeutics, 2015. Notice PubMed.
- Assurance Maladie (ameli.fr). Lombalgie aiguë : traitement et prévention.
- Assurance Maladie (ameli.fr). Cervicalgie : que faire et quand consulter ?
- INRS. Travail sur écran : prévention des risques.
- French SD et al. Superficial heat or cold for low back pain. Cochrane Database of Systematic Reviews, 2006. Notice PubMed.
- Swain CTV et al. No consensus on causality of spine postures or physical exposure and low back pain: a systematic review of systematic reviews. Journal of Biomechanics, 2020. Notice PubMed.
- Richards KV et al. Neck posture clusters and their association with biopsychosocial factors and neck pain in Australian adolescents. Physical Therapy, 2016. Notice PubMed.
- Essai randomisé croisé sur une brassière scapulaire pendant le travail sur ordinateur portable. Healthcare (Basel), 2023. Notice PubMed.
- Santé.fr. L’accès direct aux masseurs-kinésithérapeutes.
Les informations de cet article sont données à titre indicatif et ne remplacent pas une consultation médicale. Seul un professionnel de santé peut poser un diagnostic et adapter un traitement à votre situation. En cas de douleur thoracique, appelez le 15 ou le 112.



